Pom po-pom pom pom…

En manque crucial de gars, la patrouille recrute.
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jeudi 13 janvier 2011

Et comme Cendrars, il passa de la plume à l'écran.

L'homme se tenait la tête et regardait la masse de feuillets qui encombraient son bureau. Il releva les yeux,  la vision troublée, la faute aux lunettes qui lui pendaient des oreilles. Il réajusta ses binocles et contempla l'écran. qui émergeait de l'océan de papier comme un iceberg devant le Titanic.

Il avait écrit plus que le monde ne pouvait en supporter. Il avait déversé sang et encre, nuit et jour, sur papier et sur kilo-octet, et croyez-vous qu'on a accueilli ses écrits avec allégresse, en le suppliant de pardonner notre ignorance, comme on aurait dû le faire ? Non, non. Peut-être n'était-on pas près. Peut-être tenait on encore aux plumes sèches et froides. Mais toujours est-il que les imprimeurs, les libraires, toute cette societé philosophique ne publia pas son oeuvre.

Il regardait ses prédécesseurs comme Charles II, déshérité du trône d'Angleterre, triturant ses derniers deniers, regarde Louis XIV passer dans les rues en fanfare dans le Vicomte de Bragelonne. Lui il ressassait sa plume en lisant les articles emplis de bien-pensance de la Cloque. Il triturait bien d'autres appendices, il faut le dire, toujours dans l'espoir d'obtenir de l'avancement, mais rien n'y fit.

Ce binoclard de merde ultra-talentueux, c'est Husky, collègue d'écriture, sinon de patrouille.

Mais bientôt, la faillite des imprimeurs éleva les véhémences, frustra les plumes, hérissa le poil de nos pinceaux, et bientôt, en fait de sang et d'encre, c'est sa bile, que chacun se mit à répandre à travers ses textes. Bientôt, on parla de nous, souvent en frappant du poing sur la table et en hurlant avec un accent allemand, mais on parlait de nous.
Était-ce trop tard que les clés de la Cloque nous vinrent en mains ? Peut-être. Toujours est-il que Husky, lassé par le texte, se mit à l'image et au son. La vidéo PVL était née. 



Souhaitons lui un long avenir.

dimanche 20 juin 2010

Plaque Vautour (1)



J'aime plutôt bien les séries policières.

Je rêverais de défoncer une porte en hurlant "FBI ! Personne ne bouge !". Alors que les copeaux de bois voltigeraient encore dans l'air ambiant, formant de splendides tourbillons, je planterais sous le nez ébahi du propriétaire de la maison une plaque rutilante, marque de mon autorité.

Au-delà de mes fantasmes de violence policière, je trouve injuste que ces glandus du FBI aient le privilège de l'insigne et pas nous, patrouille Vautour. Imaginez l'officialisation des vols de nourritures auxquels nous nous livrons : on montre la plaque, les autres patrouilles, vaincues par la splendeur brillante de nos badges, se laissent déposséder de leurs biens. Plus de problèmes.

Donc, il nous faut une plaque. Le flingue, on l'a déjà, c'est très surfait. Et pas assez bling-bling. Par contre côté brillance gratuite et moche, on est servis avec leur badge :



Ce truc laid me donne le droit d'exploser des portes. C'est génial.

Franchement, cette plaque, elle pue. Elle veut rien dire. Elle est laide. Les pattes de l'aigle ne ressemblent à rien. Et puis ce choix d'animal, franchement. A croire que les empires souffrent d'un tel manque d'imagination qu'ils se reportent sans cesse sur l'aigle. Empire Romain, Byzantin, Russe et même le Saint Empire Romain Chrétien, tous flamboyaient d'aigles.

Alors que l'aigle, c'est une quiche. Il bouffe des lièvres et des musaraignes, des blaireaux et des serpents. Sans déconner, c'est quoi cette alimentation ?

Alors que les vautours se nourrissent de vaches et de moutons (étant donné la déliquescence des aurochs et des chamois). Tu te rend compte ? Ils mangent comme nous.

Quoi, charognards ? Tu veux dire qu'ils mangent des cadavres ? Mais j'espère bien, dis donc. Personnellement, je ne mange que des viandes mortes. J'ai toujours trouvé infâme de dévorer un animal encore vivant. Et puis, des études récentes montrent que les Tyrannosaures auraient été charognards, donc chut.

Après cette preuve sans pareille de la prédominance du vautour sur le reste du règne animal, annonçons le propos : il était question d'ajouter au patrimoine de la patrouille des plaquettes justement à l'effigie de notre animal de prédilection (non, ce n'est pas le bigorneau, essayez encore) et de notre emblème iconique : le V vautour. Son histoire est loin d'être palpitante, aussi vous m'excuserez de ne pas la mentionner. Bref, l'idée c'était d'y reproduire le motif qui orne déjà nos T-shirt : le blason Vautour.

Il fut décidé, pour des raisons pratiques, de les fondre en étain parce que ce métal minable fond à 230°C seulement. Vous pourriez le rendre liquide sur votre cuisinière, ce que certains firent.

Première étape : graver le motif choisi dans une plaque de linogravure, à l'aide d'un tas de petits cutter et de beaucoup de patience.

résultat :

Bon, pour l'heure, c'est facile, ça. C'est vite fait, peinard. Un peu brouillon pour un premier essai mais ça ira.

Ensuite, il faut en faire un moule. Dans l'inconscience de ma jeunesse, j'ai utilisé un produit cher, peu fiable, salissant et qui tenait mal la chaleur parce que je l'avais mal mélangé : le caoutchouc silicone. Le pire, c'est le prix, mais c'est pas grave. C'est les tunes de mes gars, après tout.


Le caoutchouc silicone, en pot et une fois coulé et séché.

En gros, il fallait adjoindre à la mixture un durcisseur, sinon ça reste une pâte molle qui tient pas la chaleur. Donc bon. Mal mélangé, j'imagine.


Bon, ça aurait pu être pire.

Ensuite, il faut chauffer l'étain, qui se présentait en l'occurrence sous forme de verres à vin. Je pourrais vous raconter qu'il nous a fallu plonger au coeur des coulées hurlantes d'un volcan, ou brûler une forêt entière de conifères, mais il nous suffit en fait d'un petit récipient en inox et d'un réchaud à gaz.


"Bon, les gars, je sais que c'est joli, c'est brillant, mais écartez vous un peu, ça fait quand même 230°C"
"Rooooh, l'autre."

Après quelques écueils ("Putain, ça déborde, arghh, ça coule sur le goudron, arggh, goudron il fond et reste accroché, aaaah !") nous réussîmes à couler entièrement dans le moule le précieux liquide argenté et fluide comme du mercure. Sept paires d'épaules se courbaient autour d'un moule fumant et refroidissant – ce qui devait fournir une vision rigolote pour un observateur externe – attendant le démoulage final.

Quand enfin, il fut décidé de démouler on vit que le moule avait fondu par endroits et accroché à la plaque. Une fois le caoutchouc enlevé, nous pûmes voir l'étendue du désastre :


Putréfaction et funérailles, c'est quoi cette horreur ?!

Bon. On va retenter. Mais avec un bon vieux moule en plâtre, cette fois.
Nous ne nous avouerons pas vaincus. L'étain, ça se refond.