Pom po-pom pom pom…

En manque crucial de gars, la patrouille recrute.
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jeudi 28 octobre 2010

Camp d'été // PART SIX // Marche de fin

"Aux premiers rayons du jour, leurs langues se délièrent ; avec le soleil, la gaieté revint : c’était comme à la veille d’un combat, le cœur battait, les yeux riaient ; on sentait que la vie qu’on allait peut-être quitter était, au bout du compte, une bonne chose."
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, Chap. XX







15e jour
(4h du matin)
Le travail des cuistots est allé en s'intensifiant, durant les déconstructions. D'abord privés de leur toit, de leurs étals à vaisselle et de leurs établis, ils ont remplacé cet ameublement sommaire, mais devenu indispensable, par des carrés militaires. Enfin, même les carrés durent rejoindre leur habitat naturel : le local matos, ainsi que les barils qui servaient de four ou de réceptacle du foyer. Aussi se trouvèrent-ils le 14ème soir à cuisiner des spätzlis sans huile, à même le feu de veillée.
Mais le paroxysme de cette activité se trouva dans le réveil à 4h du mat' par le CT parce que nom de bleu les cuistots, vous avez foutu quoi ? le coin veillée est dégueulasse, y'a des couverts par terre, des déchets partout et même une casserole encore sur le feu, Putain loic, j'te cause aussi ! Vous croyez qu'on vous file des badges pourquoi ? On avait dit avant la bouffe, pendant la bouffe et APRÈS la bouffe ! Vous devez gérer ça aussi ! Alors vous chopez des fringues, vous vous levez. J'ai pas envie que demain vous perdiez du temps à laver ce boxon, on a mille trucs à faire demain. Donc debout, et vous allez nettoyer ça maintenant !

Je les regardai, du fond de la tente royaliste, s'extirper confusément de leur sac de couchage, et me replongeai dans le sommeil, en me rappelant avec joie que je n'étais pas badge cuistot, mais reporter.


Reporter, un boulot de planqués, surtout au pays des Soviets.

*
* *

(8h du matin)
Stress. Vite. Schnell. Rangement des tentes accéléré, quitte à laisser plein de bouse étalée sur leurs façades, ou à coincer des feuilles mortes entre les couches de toiles. Ca fera toujours un petit herbier quand on la dépliera à nouveau.


"– Chef, chef, regarde ce que j'ai trouvé dans les plis de la tente, c'est beau, hein ?
– Oui, c'est magnifique mais MAGNE-TOI DE PLIER TA TENTE ON PART DANS QUINZE MINUTES, TAS DE NEIGE !"


On est tellement à la bourre qu'on a du préparer le petit déj' en marchant. C'est pas si drôle dit comme ça, mais c'était tartines ce matin. Et je ne sais pas si vous aviez déjà tenté de manier un couteau, une tranche de pain et un bocal de confiture, entravé par un sac :

"– Mais tiens moi ce foutu pot de confiture ! T'faut un CFC pour ça ?
– Arh, ça glisse, crétin ! et passe-moi ton couteau, toi !
– Mais il est où le pain ?
– Je sais pas.
– Mais, 'Dedieu, t'es badge topo et t'es déjà pas foutu de trouver le pain ? On est bien partis."

Très distrayant. Pour quelqu'un qui n'aurait pas une suprême envie de manger, genre une tartine.

*
* *

Alors que les nuages nous ont oppressés tout au long des derniers jours, le ciel aujourd'hui et vide de tout parasol météorologique, et le soleil s'en donne à coeur joie pour vous détruire la nuque et calciner la plaine d'une chaleur de pierre. (27°C disait un thermomètre, mais bon, c'est une estimation officielle, d'après les syndicats, il faisait plus)
Cette marche fait peur. Comprenez-nous, on a déjà fait plus, genre les 100kils, mais avec sac à dos, c'est pas pareil. Et puis à la fin, on a droit au BloodBall, le terrible Gourdball dans les orties et les ronces, monstrueusement saignant. Comment, "pas tant que ça" ? On doit le faire en slip, morbleu !

Alexandre et Corneille passaient leur badge topo et menaient donc la marche sous les quolibets déplaisant de leurs camarades. Il est fou de voir que les meneurs obligés de prendre des décisions difficiles (genre marcher) et qui abreuvent leur peuple de statistiques erronées ("– On y est dans cinq minutes. – Ca fait deux heures que c'est cinq minutes !") se trouvent couverts d'un monceau de mépris. Ainsi cette chanson pamphlétaire qui s'élevait des rangs PVL :

On s'présente on est les badges topos !
Gnagnagnagnagnagna ! (en choeur)
On voulait trouver le canton de Vaud !
Gnagnagnagnagnagna !
On est perdus comme des pélos !
Gnagnagnagnagnagna !
A caus' de ça on a plus d'eau !
Gnagnagnagnagnagna !

Merci les badges… Topos !

A leur décharge, il fallait admettre que les fontaines indiquées sur la carte étaient toutes asséchées, qu'ils ne se sont pas perdus mais ont eu cependant quelques démêlés avec le plan de marche ("combien de temps il reste jusqu'à Oron-la-ville, chef ?" était une question à la réponse fortement débattue).

(Midi)
A mi-chemin, Bryan alias Nain de Jardin alias Roi Louis et Ourson nous ont rejoint avec une collation en majeure partie constituée de charcutaille, pain et fromages. Une quantité impressionnante de mouches sembla se matérialiser autour de notre buffet improvisé. Ce fut aussi l'occasion de percer ses cloques, d'ajuster ses béquilles ou de remplacer ses pieds par des prothèses.
Quelques images de ce festin fort bienvenu :


Notre CTA nous montrant que le fitness finit par porter ses fruits


Le Régent Lynx et le CP Vautour

"DIX-DOUZE ! COUZ !"



L'auteur des photos. Oui, c'est un rétroviseur. D'une voiture. Tu sais, le truc qui sert à ne pas marcher.




Mathieu ! Woh, la casquette !



Jules en a marre de crier Waka-Waka, ça lui fait des crampes de machoîres.


"Vautour CREW ! RPZ !"


"Allez, on arrête les câlins homo-gangsta, c'est laid."

(Copyright photos : Nain de Jardin/Roi Louis {Rayer la mention inutile})

Puis la marche reprit, et cette fois-ci, ayant retrouvé mon appareil coincé dans mes cheveux(hé ouais après une semaine sans me coiffer, j'avais de sacrés noeuds.) je pus prendre moi-même des photos, c'est pourquoi elles sont plus moches et de mauvaise qualité :

"Chef, chef ! Y'a plus de passage piéton ! On fait quoi ?!"


Au premier plan, la hache Puma, relique sacrée s'il en est.


"Hé les copains ? Chantons pour y mettre du coeur à l'ouvrage !" semble dire Corbeau à une troupe sur-motivée à bloc, trop au taquet.



Pour passer son badge topo, ambiance caillera. Training requis.


"Stalingrad, J'y étais !"


"Les gars, regardez ! Des brunchs à quatre pattes !"


"Putain, attendez-moi, les mecs !"





"- BADGE REPORTER REPREZENT !
- CASQUETTE SCCCCCOUUUT !
- BANG BANG PVL !" (oui, on sait pas pourquoi pierre mimait un pistolet avec ses doigts)




Le badge reporter ralentissant pour éviter d'écrire de travers, il prend du retard sur les autres. Mal-aimé, je suis le maal-aimé…




On dirait pas comme ça, mais là, on causait de Pokémon©. Et mon "béret" fait trop parisien, soit dit en passant.



Panneau autour duquel l'arbre a poussé au cours du temps.






Photos de paysages.


(18-19 heures)
Ensuite, nous arrivâmes à Oron-la-ville ou notre maîtrise de Troupe nous avait dégotté une superbe grange rembourré d'un foin agréable. Les épaules coagulées sous le poids de notre fardeau, on put s'effondrer momentanément, panser ses cloques, etc.


"Oui, Jules, t'as des cloques aux pieds. Tu veux ton badge pedicure ?"





La cour de la ferme. Eh, oui, les paysans ont besoin d'un prix du lait équitable.




(Copyright photos : Nain de Jardin/Roi Louis {Rayer la mention inutile})

"Chef, chef, j'ai mal à la tête" geignait mathieu
"C'est parce que tu es déshydraté", répondit Corbeau avec la patience d'une souche. "Bois de l'eau."
"Mais j'ai déjààà bu de l'eaaauuu...Cheeef !"
Se faire appeler "chef, chef" a déjà le don de tendre les nerfs. Si en plus c'est parla voix geignarde d'un gars déshydraté, c'est limite. Corbeau semblait ployer sous le poids de son devoir, plus que de son sac à dos. Etonnamment une lueur éclaira son regard.
"– Mathieu ?
– Oui ?
– Tu as déjà pris du placebo ?"

Les traits crispés de Mathieu se détendirent sous le coup de l'interrogation.

"Euh… Ch'crois pas, non… C'est quoi ?"

Personne dans la grange ne devait ricaner, sourire ou laisser transparaître quoi que ce soit. Mais une ambiance de bonne blague de collégiens se répandait dans les esprits des spectateurs.

"Ben, tu vois, c'est comme du Dafalgan© mais avec un goût moins dégueulasse, avec moins d'effets secondaires, genre vomir, ou comme ça." annonça Corbeau avec le sérieux d'un sénateur paralytique.

Certains des dormeurs étendus parmi les bottes de paille semblaient se redresser sur leurs coudes, comme pour mieux assister au miracle médical, d'innocence et d'ignorance mêlées.

"C'est vrai", renchérit une voix imbriquée dans l'ombre de deux fétus, surprenant tout le monde. Les lunettes d'Epervier, deux ovales blanc opaque sortirent des ténèbres. Il porte bien son totem.
"D'ailleurs, Mathieu, si tu prends un placebo, pas de Red Bull, la caféine ça interfère."

Quelqu'un baragouina quelque chose à propos de la caféine qui rétracterait les vaisseaux sanguins de la tête, annulant l'effet du placebo, avant de ressombrer dans le sommeil.

"Ouais.", renchérit corbeau.

On retenait son souffle tandis que Mathieu pesait le pour et le contre, Energy Drink contre mal de tête. Nous avons très sérieusement présenté les très sérieuses modalités du très sérieux médicament, qui se présentait sous forme de cachets blancs, que contenait un très sérieux flacon orange avec une étiquette au look sérieux au possible. Tout dépendait du fait que Mathieu, au propre comme au figuré, avale la pilule. Finalement il le fit.
Il commençait déjà à prendre l'air de qui va mieux de par l'absence de ses tourments, avant que Corbeau n'ajoute :
"Bon, faut tout de même dix-douze minutes pour que ça agisse."
"Oh… Ouais…" dit Mathieu, rentrant à nouveau dans le rôle. Dix minutes plus tard, chrono, il allait mieux.

Epervier recula dans son nid d'aigle, en hauteur, chacun se rallongea et poussa un soupir intérieur, et se rendormit probablement, les plaies désinfectées et le dos soulagé.

Mc PVL
On l'a attendu tout le camp d'été, parfois, au plus fort de la marche, gavé de biscuits, notre système digestif adressait au monde une supplique muette : Vite, un Mc PVL !
Pour résumer, c'est un méga cheeseburger, mais en bon, et fait par nous-mêmes. Les propriétaires de la ferme nous prêtèrent un magnifique barbecue.

Thibault en train de faire disparaître les corps, de cuisiner.


Les Mc PVL




Vue satellite des monstres.



Après délibération tendue et arbitraire, le vainqueur fut Husky, qui aura le droit d'avoir son Mc PVL affiché dans la Cloque, le jour où il y en aura une.

Il se trouve que la stratégie Vautour c'est d'en faire un, le plus moche possible, pour pouvoir le manger tout de suite.



"Bon, on s'ennuie, faut wensher quelqu'un."



Séance Wensh'. Pierre se marre, sans penser que ça va p't'être être son tour après. Moi, je me planquais aux toilettes, en arrière-plan, parce que bon, chuis pas maso, non plus.

A propos de sanitaires, il est bon de noter que le propriétaire des lieux mit même à notre disposition une DOUCHE ! Qui te permettait de te laver avec de l'eau CHAUDE, genre, euh, comme dans une casserole ! De l'eau chaude, mec !

Puis, on nous intime de venir, un caisson de torches à la main. Les deux Grands Anciens Vautours (Rat et Coyote) étaient là aussi, incidemment. On s'éloigne dans un champ désert à proximité, et est venu le temps de la…


Veillée de Promesse.

"Et ceux qui ne formaient pas le cercle, ceux-là tenaient le drapeau."
Carnet de notes du sCP-Vautour (8:12)

La troupe se déplaçait avec un silence inhabituel. Une fois rassemblés à proximité d'habitations on dénota l'absence des pumas du puma, Gibbon, qu'on envoya quérir. Afin d'éviter de réveiller les campagnards, les cris furent, cette fois-ci, murmurés :
"- Puma toujours plus agile !
- Vautour fly to your res… cue !
- Lynx attaque toujours de… face !
- Perceval hors des… murs !"
Une vague explication fut donnée à propos des chefs qui rentraient plus tard dans les tentes, et s'avancèrent Corbeau, Husky, Corneille et Nain de Jardin afin de prononcer solennellement leur Promesse :

Je promets sur mon honneur (et avec l'aide de Dieu) de faire tout mon possible pour servir (Dieu, ) ma patrie, aider autrui et obéir à la loi de l'Eclaireur.

Les parties entre parenthèses sont facultatives.


Puis on alla se coucher, tandis que Coyote, Rat et Nain de Jardin préférèrent rentrer de nuit, puisqu'eux n'avaient pas eu à marcher de la journée, ils n'éprouvaient aucune fatigue. Quelques photos prises par Nain de Jardin :








Oui, elles sont dans le désordre, mais la flemme, quoi.


16e Jour.

On se fait réveiller par des chenilles compresseuses soutenues musicalement par Sexion d'Assaut. Pour rendre un réveil agréable, rien de mieux que de gâcher celui de ses voisins en les écrasant sous votre poids, et leur roulant dessus de l'intérieur confortable de votre sac de couchage.

Aujourd'hui, tout le monde voyage par magie. Que ce soit l'avion, la voiture ou le train, ce sont de grosses machines qui font défiler le sol sous vos pieds, sans vous faire ressentir le chemin. Alors que la marche de fin de camp vous enfonce dans les pieds chaque mètre qui sépare le camp de votre maison. 50km en deux jours, sac au dos, ça reste assez rude.

Au contraire de Christophe Colomb, qui savait que son périple aboutissait lorsqu'il aperçut une terre à l'horizon, nous poussâmes des cris de joies lorsqu'apparu à l'horizon une familière étendue d'eau, le Lac Léman !

"Bon sang, une montagne à l'envers. Que… Mais non, ce n'est pas une montagne à l'envers c'est un reflet ! Que dis-je c'est un Lac, c'est le Lac Léman ! Tralala youpiyah !"


"Ah ben ça fait du bien de savoir qu'on est enfin sorti de chez les bouseux. Et c'est bien la première fois que les badges topos parviennent à trouver de l'eau."

Bloodball
A poil dans les orties, deux équipes d'apollons se sont affrontées dans un monstrueux champ de ronces. Ce fut sanglant. Les trois premiers points, en particulier, je pense que tout le monde sera d'accord pour dire Moret se souviendra longtemps, aidé en cela par le magnifique motif de cicatrices qu'il a récolté.

(J'attends les photos avec une impatience difficilement contenable)


Puis jusqu'à la cabane des Quatre-Vents, le bras de fer avec les badges topos s'accentua :

"– Allez plus que 7 kils !
– Mais t'avais dit 7 y'a 20 minutes !
– Nan, c'était les kils-efforts."

Ouuuh, ils essayent de t'enfumer derrière leurs notions techniques incompréhensibles, tu vois.
Mais nous aboutîmes enfin à ladite cabane, pour le rass' final.
Là furent distribués les derniers hommages, à savoir les aspirants, deuxième classe, badges récoltés au sein de la troupe ainsi que les dernières vivres qu'on put se répartir à coups d'arguments d'ordre physique. Ayant eu mon aspirant, alors que c'était mon premier camp, j'allais, ému, m'avancer pour faire un discours de de remerciement mais on me notifia que ce n'était pas nécessaire.
Ultime coup du sort : on apprend que Moret est sous-CP Lynx, et malgré cette distinction nouvelle, il ne s'embarrassa pas de pécadilles, comme, par exemple, arriver à l'heure pour qu'on annonce la nouvelle, tiens.
Derniers cris. Un tour de poignées de main final, et direction la maison.

Je sais que, habitués au niveau exceptionnel de ce blog vous vous attendiez à une chute d'une monstrueuse puissance, mais ici, ce n'est pas le majordome le coupable, je ne suis pas votre père, je n'ai pas obtenu une lieutenance dans les mousquetaires de Louis XIII, le camp 1012 est juste fini.



…To be continued on summer 2011…

vendredi 15 octobre 2010

Camp d'été // PART FIVE // Deuxième semaine









10e Jour
Après la nuit à l'envers, qui dura jusqu'à 4h du matin, on se réveille à midi. Tcheu, c'que ça passe bien.

Ce jour-ci, la lutte entre les expansionnistes, les royalistes et les colonialistes reprit de plus belle. La trève du week-end de patrouille et de la journée des parents est finie. La supériorité royaliste va enfin pouvoir s'exprimer dans…

…UNE JOUTE NAVALE !
(Avec des vrais bateaux, et tout, j'vous jure !)

La construction du navire
Etant donnés nos talents monstrueux pour tout ce qui touche à l'art, nous fûmes enthousiastes et dessinâmes rapidement un croquis des plans. Chef, chef, regarde mon idée !



Petit croquis rapide de nos ambitions.


Devant l'absence intolérable mais manifeste d'un chalumeau, une tonne de rivets et huit cents plaques d'acier dans le matériel à disposition nous dûmes improviser, et le bateau ne comporta même pas de chambre d'ami, c'est un monde, je vous jure.


Petit croquis rapide de nos ambitions après filtrage par les dures réalités de la vie.

Après nous être rendus compte que la poudra à canon manquait, nous eûmes toutes les peines du monde à imaginer un système qui permettrait de pénaliser les autres. La solution finale envisagée fut de dissoudre de fortes quantités de Zyklon B dans la rivière de construire un barrage pour accélérer la force du courant (conséquence logique d'avoir chanté huit cents fois Red River Valley.)
De sorte que, dans ce défilé étroit, au passage du premier navire dans un conduit escarpé bâti de nos propres mains, une feuille de nénuphar se rabatte sur les suivants !
MOUHAhahAHahAHhahAHhahAHahhAHAHAHAHAAAHHA !!!
Vous allez pas le voir venir.


"Bon, les gars, à mon signal, vous tournez la poutre à gauche, Non seulement ça sort les bateaux adverses de la course mais ça dévie complétement le cours de la rivière en direction de la tente Expansionniste. Bon débarras." (En arrière-plan, Iskander le bogoss du Loukoum)

Le combat fut rude. Le cours de la rivière fut eventré par le feu de nos canons. La tempête des colères qui voltigeait au-dessus des vagues semblait faire trembler les embarcations.

Mais malgré tous nos subterfuges, malgré le fait qu'on ait tous soufflé dans la voile de notre embarcation et notre interprétation très personnelle des règles, ce furent les expansionnistes qui passèrent la ligne en en premier.
Pfff. Encore heureux qu'on ait gagné le prix du plus beau bateau.

Progressions : aspirant et deuxième classe :

Tu fais un mètre de moins que moi. Rappelle-moi pourquoi c'est toi qui m'interroges ?

"– C'est quoi la brûlure de cigarette, là ?
– C'était un minaret, mais depuis la votation, ben, on a dû les censurer."

Des lois de l'Eclaireur sont scandées de droite et de gauche par des scouts comptant sur leurs doigts pour ne pas en omettre le moindre article. Des mains malhabiles torturent de la ficelle jusqu'à en faire des noeuds. Noeuds qui, soit dit en passant, devaient sans doute être plus utile lors de la glorieuse époque de la marine qu'ajourd'hui, date à laquelle le Charles de Gaulle est en panne parce que, heu, on sait pas. Bon, je ne sais pas quand vous lirez ces lignes, mais je prends pas trop de risque en disant que ce porte avion colmaté à la patafix© est en panne.
Mais bref, on aime les noeuds, quoi.

Les journées de la progression sont par contre l'occasion d'un bel élan de fraternité scoute, notamment dans le domaine des tricheries pluriséculaires. Genre "Hah oui, moi pour mon badge feu, quand je devais l'allumer sous la neige, j'avais deux litres de gasoil" ou "roh, tu sais, prépare des brindilles bien sèches histoire de passer l'épreuve "feu" de ton aspirant. T'es pas censé, mais voilà". D'autant plus qu'une fois que le badge est cousu sur votre chemise, c'est ir-ré-ver-sible, vous pouvez vous lâcher et raconter le fin fond des tricheries auxquelles vous vous êtes livrés. La prescription est de douze secondes, en moyenne.

Mais il est un autre cadre au sein duquel les astuces circulent sans borne, c'est l'apprentissage purement théorique :

La loi de l'éclaireur :
Fatal easy, vous dira-t-on, dix articles, pour le moins courts, pas dur à retenir. Mais un peut d'aide est toujours la bienvenue. Exemple : le septième article c'est "l'éclaireur sait obéir", mnémotechnique intéréssante : il suffit de penser "l'éclaireur sept obéir". Ou le huitième c'est "l'éclaireur est vaillant, il sourit dans les difficultés." Mon truc, du coup, c'est de penser au chiffre huit, soit, mais en chiffre romain : VIII. VIII/ VaILLant, ça me fait toujours tilter.

Que… Quoi ? Ah, ça n'intéresse personne, bon d'accord.

Autre aspect : la vie et l'oeuvre de la brigade :
"Bon, là c'est moins dur. Par exemple, la couleur des foulards. Perceval ? Bon, t'es un peu con vu que tu l'as autour du cou, mais passons. Durandal, c'est noir, parce que ce sont des gros sales. Caravelle c'est blanc, inutile de pérorer sur la quantité de blancheur qui se déverse sur elles en tous temps. Drakkar, on s'en fout. Et Duncan, c'est bordeaux parce que c'est moche."

11e Jour
On tousse, on crachotte, on s'étrangle la moitié de la nuit, on a la crève, on se mouche sans cesse. Je commence à comprendre ce qu'endurent les dauphins, qui sont forcés de penser à respirer.
C'est bien simple, pour éviter d'étouffer dans ma propre morve (ce qui serait une mort inconvenante et difficile à expliquer à l'assurance) je suis obligé de me mettre moi-même en PLS.
Il semblerait qu'une attaque bactériologique ait fini par venir à bout des systèmes immunitaires de la tente Royaliste. Le manque d'hygiène se fait sentir. Les pustules sont monnaie courante.

Là c'est un inconscient qui se lave AVEC DE L'EAU. Beuh, pas hygiénique, ça non plus.


Là c'est Thibault qui atténue un peu sa crasse. Ca, c'est une bonne méthode, par le feu. Et puis, un bon cuistot doit se rendre compte de l'état de son four.


"Aère la tente, histoire que les miasmes monstrueux qui l'habitent s'évaporent un peu."



J'en profite pour montrer la magnificience de la tente Royaliste, turgescente entre les arbres. Et son magnifique système de défense à base de tas de branches. Boh, non, ça n'a rien à voir avec l'hygiène, mais je fais ce que je veux, dîtes donc.


Être malade en camp, c'est le pire(une phrase que Mengele n'aurait pas désapprouvé). Par ailleurs, Moret a été évacué vers l'hôpital pour cause d'une blessure infectée. Au rythme où vont les rumeurs, demain, on affirmera qu'il a été mordu par un chacal à trois têtes. Iskander est parti ce matin, aussi. Les tentes se vident. Quand le soir venu, on empoigne les épaules de nos voisins pour la prière Tchèque, on sent le feu nous calciner la face.
Ben oui.
Le cercle rétrécissant, on est de plus en plus proches des flammes.




12e Jour :
Toujours malade. Pas eu le coeur de m'adonner à un de nos sports les plus fameux : l'escrime avec des grosses masses en mousse synthétique !

Oui, là normalement, je dois mettre des photos mais j'en ai pas donc, vous imaginerez, pour l'instant.

Pierre ne fait pas la vaisselle et prend des photos de la chevalerie pendant qu'elle oeuvre à la propreté des gamelles et ustensiles du camp.
Corbeau renacla : "Bordel de chiotte Palsambleu, Pierre, tu te fous de qui ? Ben puisque ça te fait marrer, tu feras toute la vaisselle tout seul, demain."

Puis chacun entendit un coup de klaxon. Notre CT nous apprivoisait quotidiennement ainsi, faisant la navette entre le camp et la civilisation. Mais pour ne pas offenser la nature, il garait sa caisse à l'orée du bois, où nous allions la décharger.


Exemple ici, les poutres qui permirent de construire la table et la tour. Et Pierre ? Boh, on pensait que la proximité avec des scies permettrait un heureux accident, mais non.

Justement, Pierre, comme tout le monde avait répondu à l'appel du klaxon et revenait avec la moisson de nourriture M-Budget, à pleins sacs. Il souriait, ce qui semble étonnant pour quelqu'un qui vient d'être accablé d'une corvée de vaisselle générale.

Mais la réponse se trouvait dans les sacs. Demain, c'était pizza.



13ème jour
Les différentes péripéties de la vie nocturne, telles qu'organiser les jeux, s'interroger sur le sens de la vie et admirer le lever du soleil ne laissent souvent aux chefs que 3 heures de sommeil.

C'est un lever de soleil. Non, mais on sait jamais, des fois que vous êtes daltonien.

C'est donc dans une allégresse amplifiée que je pus apprécier huit bonnes heures de sieste sans que ma maladie ne m'empêche de sommeiller. Je me réveillais dans le calme, sans mégaphone et sans cris médiévaux. La pluie crépitait sur la tente. Chaque goutte me rappelait que j'étais bien au chaud dans mon sac de couchage bien sec et propre. Enfin, non, pas propre, faut pas abuser.
Dormir c'est cool, en fait.


Le gars épileptique hyperactif dit :
Non, c'est Has Been, moi j'ai du Rockstar !




Nous y voilà. Il y a quelques années encore, on percevait ces energy drinks comme de la drogue, maintenant c'est tendance(quoique bon, la drogue aussi). Remarquez qu'en tant qu'amateur chevronné de thé, je serais bien peu crédible à cogner sur ce concentré de caféïne. Mais bon, la caféïne, ça remplace le sommeil, jusqu'à un certain point, au-delà duquel votre coeur se met à jouer du jazz et votre transpiration vire au vert fluorescent, ce qui est mauvais signe, d'après mon Thilo, appendice 226-b, alinea 3, section "caféines et stimulants cardiaques".

Et certains abusent apparemment. Mais bref, je racontai le réveil doucereux au matin du 13ème jour. On se lève en s'étirant et on voit un soleil éclatant qui sèche les feuillages alentours. On est ravi par un petit matin d'été, quand le soleil vous chante au coeur, bref. L'humidité et le froid constants auront au moins cessé ce matin.
Mais un quart d'heure après, il pleut à nouveau, puis re-soleil, puis re-pluie. Toute la matinée, des un ciel parsemé de nuages défila au-dessus du camp, y crachant çà et là de petites giboulées, dans une lente roulette russe météorologique : lequel de ces cumulo-nimbus va finalement nous pisser sur la gueule ?
Finalement, un de ces édredons de cristaux liquides, chargé comme une panse de brebis prête à éclater couvrit le ciel jusqu'à l'horizon.
Enfin l'averse éclata, diluvienne comme la mousson, emportant tout, délavant tout, déprimant tout le monde.

On s'élance instantanément en dehors de l'abri pour creuser des dizaines de tranchées, immédiatement remplies, pellant et piochant avec une vigueur forcée. Pfouh.

Seul Epervier semble apprécier cette petite bruine qui lui rappelle la saison chaude de sa Sibérie natale.

Note : Le 13e jour vit également le retour du Flan-ta-face, mais les photos pouvant choquer, ce n'est pas ici que vous les trouverez.

Après ce fut l'heure des déconstructions. Oui, on devrait dire destructions mais on dit déconstructions. Quoi de plus jouissif que de mettre à terre de complexes assemblages de poutre d'un simple coup de hache.

On a viré la tour et la table, je vous le dis, on essaye d'effacer les oeuvres des Vautours, c'est de la censure. Par contre la tour fut particulièrement difficile à enlever, du simple fait qu'enlever ce gros clou, là, ça faisait que vous tombiez.

Anciens CPs Vautour 1 - Gravité 0



14e Jour
Voilà. Deux semaines déjà. L'existence ici a des airs d'éternité, mais c'est, bien sûr, passé si vite. C'est déjà fini. Le jeu avait plus ou moins foiré à la fin de la semaine à cause des multiples interruptions qui l'assaillaient.
On efface nos traces. Toutes les poutres et planches finissent dans un grand brasier. Et le feu sert à sécher les carrés qui composaient l'abri ou la cuisine. Le décor se replie, on brûle les costumes et les comédiens s'apprêtent bientôt à quitter la scène…

Demain, c'est la marche de fin de camp, avec sac à dos, jusqu'à Lausanne.
Je dois admettre que le Thilo est rempli de force niaiseries mais, néanmoins, sur cette phrase-là, je ne le désavouerai pas :

A la fin du camp tu ne sauras peut-être plus très bien lequel de ces sentiments l'emportera : la joie de rentrer à la maison ou l'envie de prolonger le camp.